Soleil Denault est une réalisatrice basée à Montréal qui a grandi sur la Rive-Sud. C’est une femme avec une grande soif de découverte: elle adore essayer de nouvelles techniques et se lancer dans de nouveaux projets, mais quand elle se sent trop en contrôle, elle repart à la recherche du prochain défi. Son parcours professionnel n’est donc pas linéaire, mais si le temps m’a appris une chose, c’est que les revirements inattendus donnent lieu à des développements épanouissants. J’ai voulu m’entretenir avec elle, car non seulement elle est inspirante par sa douceur et sa sagesse, mais elle démontre si bien comment le féminisme peut être une force tranquille de la créativité, de la compréhension et du succès.
Nous avons exploré ensemble la grande aventure d’une vie: trouver et développer sa voix artistique.
Le parcours de Soleil débute avec un intérêt pour les beaux-arts avec un penchant pour le dessin, qui devient pour elle un d’échappatoire à l’école secondaire. Les tâches créatives plus fastidieuses lui permettent de fuir les contraintes de l’institution qu’elle trouve angoissante. Malgré son talent et ses habiletés créatives, elle a du mal à répondre à la fameuse question: que veux-tu faire quand tu seras grande? Ce n’est pas toujours facile à dire dans un monde où on encourage les enfants à développer leurs talents artistiques, mais où on ne les encourage pas nécessairement à les poursuivre comme carrière; nous vivons dans une société capitaliste après tout, et les domaines artistiques sont hautement compétitifs, mais pas souvent très lucratifs. Heureusement, suivant les conseils de son grand frère, elle décide d’explorer le design graphique: parce qu’une passion et du talent, c’est bien beau, mais tout le monde a des comptes à payer.
Une fois arrivée en ville pour étudier le design graphique, elle se rend compte qu’avec les grandes villes, viennent les grands bassins de talents, et découvre la pression qui peut être issue de la comparaison.
Suite à ses études, elle commence à créer des pochettes de CD pour des artistes locaux. Puis, dans sa curiosité infinie de voir comment l’histoire racontée par les arts visuels peut se transmettre à l’écran, elle se retrouve à travailler sur des plateaux de tournage. Vidéoclips, courts métrages… elle fait un peu de tout et porte plusieurs chapeaux, que ce soit directrice artistique de plateau, assistante, styliste… elle y apprend une panoplie de choses qui lui seront utiles dans son avenir.
Après quelques années, Soleil prend un poste de directrice artistique en agence de publicité, où elle développe encore plus ses capacités de designer et se retrouve rapidement à travailler sur plusieurs projets de production. Cependant, être créatif en agence veut aussi dire créer pour les autres et selon leurs agendas, une réalité qui peut être très contraignante pour les artistes. Heureusement, Soleil continue de faire des pochettes de CD à son compte, et décroche même son premier contrat de co-réalisatrice pour un vidéoclip de Milk & Bone. Elle se retrouve, à son plus grand bonheur, à Los Angeles, à vivre le daydream sans budget, sans glam, mais avec une vision créative parfaitement alignée entre elle, les musiciennes et sa petite équipe de production. Comme quoi les projets de passions peuvent venir de partout.
Après cinq ans et avec une soif renouvelée, Soleil sent que son parcours en agence tire à sa fin, que les plateaux de tournage la rappellent. Elle fait donc le grand saut pour devenir réalisatrice avec L’Éloi, où elle a rencontré son fondateur Éloi, qui a cru en elle et en sa vision. Elle est maintenant représentée par Telescope Films à Montréal, Someplace Nice à Toronto, et Stept Studios aux États-Unis.
Aujourd’hui, Soleil continue de développer une approche de travail inclusive, humaine et colorée. En tant que femme sur le plateau, elle s’assure de bien tenir son bout, car même aujourd’hui on peut sentir une réticence envers les femmes en position de leadership. Ça veut dire qu’elle a appris à être ferme, mais respectueuse, à refuser les non et à pousser toujours plus loin. Comme elle le dit si bien: on se doit en tant que femmes de trouver notre place, car personne ne nous la donnera. Elle ne nous est pas due, non plus. Elle s’assure donc de donner une place aux femmes tant devant que derrière la caméra, et de garder l’œil ouvert sur ce qui se passe à l’extérieur de son cercle, afin de bien naviguer ses propres angles morts.
Écoutez l’épisode complet de Soleil sur Femmes D’audace pour entendre nos discussions sur le développement créatif chez les jeunes, les difficultés rencontrées quand on essaie de se tailler une place dans une industrie pleine de gens talentueux, sur comment elle continue d’observer le travail des autres pour y trouver de l’inspiration et à découvrir la grande valeur des parcours uniques à chacun. Intimidant par moment, ça lui permet de trouver le courage de sortir de son carré de sable et de trouver sa voix. Nous parlons aussi de la difficulté de trouver cette voix quand, en tant que femmes, on nous apprend souvent à être accommodantes. Il n’est pas facile de se donner la liberté d’explorer, quand prendre sa place rime souvent avec se faire catégoriser comme “difficile”. Et comment fait-on pour réussir à développer notre voix unique, quand on apprend à se valoriser dans le regard et l’approbation des autres?
Maintenant, Soleil est à la recherche de projets qui l’allument dans son humanité et où elle sent qu’elle a la place pour amener sa touche personnelle, où elle peut même se donner le droit de sortir des règles de l’art pour innover.
Ses conseils: continuer à creuser les sujets qui nous rendent curieux. Mais, surtout, respirer. Vivre sa vie, essayer des choses sans assurance et ne pas être trop précieux avec nos projets et notre carrière.
Découvrez Soleil et suivez ses projets à soleildenault.com et sur Instagram.
Ressources partagées dans l’épisode:
Allia: Vient en aide aux femmes dans les industries créatives
Réalisatrices Équitables: Assure la promotion et l’avancement de l’équité en réalisation au Canada et à l’international.