Marie Eve Gosemick est une femme qui m’a inspirée dès que je l’ai rencontrée par son énergie infinie, sa créativité, et son parcours éclectique. C’est aussi la première auteure que j’ai appris à connaitre. Elle a semé l’idée que c’était possible, même pour moi, même en aillant un emploi à temps plein, d’écrire un livre. De vivre le rêve d’artiste.
Il n’est donc pas surprenant que notre conversation passe par mille chemins, en commençant par l’écriture et le fait que pour elle, c’est une activité-refuge. Celle qui se réjouit aujourd’hui de son rôle de directrice principale en stratégie à l’agence Cartier n’a pas connu une trajectoire professionnelle linéaire. Comme beaucoup avant elle, Marie Eve choisi de poursuivre des études qui la mènent vers des domaines plus sécuritaires. Elle vient d’un milieu qui lui inculque un instinct de survie qui la guidera toute sa vie. Cela la pousse, entre autres, à apprendre plusieurs langues et à poursuivre des études en gestion.
Ce ne sont effectivement pas tous les artistes qui arrivent à vivre de leur art. On lui dit d’ailleurs régulièrement que si elle veut écrire ou danser, elle finira dans la rue. Elle préfère donc garder l’écriture et la danse comme refuges auxquels elle revient encore et encore.
Un refuge parfois secret. Certes, il y a une protection de soi quand on ne partage pas son art, car on n’a pas à se sentir vulnérable. Mais ne pas exposer son travail signifie également que personne ne peut nous l’enlever. Elle nous rappelle donc le dicton : ce qui définit un.e écrivain.e, c’est écrire. Que ce soit secret ou non.
C’est secrètement qu’elle poursuit ses intentions littéraires dans la bibliothèque de HEC Montréal alors qu’elle y étudie en administration des affaires, un choix académique facilité par la quantité de bourses qui lui étaient offertes dès son admission. L’une d’entre elles est la bourse Arts-Affaires, un titre qui démontre déjà la volonté de Marie Eve de rallier ces deux milieux encore hermétiques à l’époque. Une autre raison qui la pousse à choisir HEC Montréal est leur programme d’échanges internationaux. Elle veut voyager, comprendre le monde, apprendre les langues des gens qui y vivent. Ces liens l’aident à développer un sentiment de sécurité. Elle débute sa carrière dans une multinationale en agroalimentaire qui l’amènera à beaucoup voyager (voire même trop). Même si passer de voyages en sac à dos et dortoirs d’auberges de jeunesse à des vols de première classe et des hôtels cinq étoiles pour implanter des « nouvelles » technologies aux début des années 2000 semble une réussite professionnelle, son côté artistique lui manque. Pour tenter de rapprocher sa discipline et son imagination, elle se dirige vers des industries créatives, ce qui la fait entre autres travailler sur des projets majeurs pour le Cirque du Soleil et les Grands Ballets Canadiens.
Et comme la vie fait parfois bien les choses, elle retrouve une autre oasis : le studio de danse. Une ancienne ballerine professionnelle de la compagnie, Sarah Gibson, est alors en train de compléter sa formation Essentrics et lui offre gratuitement des séances de ce programme d’entraînement inspiré du ballet. Marie Eve y trouve une part de rêve, et finit donc par se former elle-même auprès de la créatrice, Miranda Esmonde-White, et commence à donner des cours plusieurs fois par semaine. Sa pratique lui amène un sentiment de sécurité physique et psychologique très nourrissant.
Elle officialise ainsi son titre de ballerine de bureau.
Petit à petit, ça lui donne aussi le courage d’assumer son côté plus créatif. Mais, à l’époque, les employeurs potentiels font plus confiance à l’information contenue dans un CV qu’au connaissances transférables des gens. Là est la difficulté de jumeler différents mondes, où le regard de l’autre devient extrêmement confrontant.
Elle choisit donc de travailler à son compte pour rallier elle-même ses différents talents. Elle se concentre donc à terminer son roman, à donner vie à ces personnages qui l’habitaient depuis si longtemps, et travaille fort pour le faire publier. Une chose est certaine : dans le domaine littéraire, il faut souvent être publié pour se faire publier. Avoir de l’exposition, demande d’avoir beaucoup d’exposition. Pas évident à faire. Mais Marie Eve y arrive, et un coup son roman publié, elle se retrouve avec un CV impressionnant accompagné d’un portfolio d’environ 200 pages, un profil qui attire l’attention des agences de publicité.
Comme plusieurs âmes créatives, elle découvre la réalité qu’en agence, la création n’est pas pour le créateur, mais bien toujours pour satisfaire les besoins des autres. Tranquillement l’écriture perds sa qualité de refuge. Elle décide donc de rajuster le tir et découvre la stratégie, une expertise qui combine à merveille son besoin de créativité à son besoin de trouver des solutions novatrices, ses ambitions à sa personnalité. Pour elle, la stratégie représente bien son parcours de carrière : le but, c’est de mettre la lumière là où les gens ne regardent pas.
Comme beaucoup de personne ayant un parcours aussi éclectique, les gens ont de la difficulté à catégoriser Marie Eve, ce qui les rend mal à l’aise. Bien qu’il y a eu des moments où elle ne se sentait à sa place nulle part, ses explorations et ses demi-tours l’ont aidé à se trouver. Elle insiste que ces grands changements l’ont toujours ramenés plus près d’elle-même, qu’elle construit toujours sur ce qu’elle a déjà.
La seule juge qui lui importe : son ado intérieure qui refuse de la laisser abandonner les éléments qui la gardent en vie.
Ça nous fait réaliser à quel point l’unicité du parcours de chacun est important. Que le jugement des autres ne sert pas à grand-chose, surtout quand on devient maman en pleine pandémie. Encore plus quand on devient mère célibataire peu de temps après.
La naissance de sa fille a mis en lumière plusieurs choses pour Marie Eve, entre autres sa haute capacité à tolérer des situations très difficiles. Devenir mère a changé sa définition de ce qui était acceptable. En un sens, elle a transféré l’instinct de protection qu’elle dédiait à ses passions envers sa fille. Elle a compris qu’elle avait grandi dans un milieu éprouvant et a décidé de ne pas faire vivre la même chose à son enfant. Elle veut apprendre à sa fille l’amalgame des choses qu’elle aime, alors que sa fille lui apprend tant de choses en retour (comme le sommeil). Elle veut lui donner des leçons de vie par le récit, plutôt que de l’apprendre à la dure comme elle a dû le faire elle-même.
Mais l’adversité attire toute sortes de vautours. Et les complimardes, comme elle aime les appeler. Elle apprend que parfois, la meilleure forme de soutien, c’est celui qu’on s’offre à nous-même en écartant les gens qui viennent faussement à notre secours, simplement pour apporter de la pitié et du jugement. Le fameux village qu’on s’attend à ce que chacun ait autour d’eux, quand il est habité par des gens nocifs, il vaut mieux l’abandonner.
Sa petite famille est non-conforme aux attentes de la société, mais là encore, Marie Eve a généralement trouvé son bonheur en faisant les choses autrement. En revanche, ça ne l’empêche pas de faire la grimace aux photos de familles parfaites aux dents trop blanches affichées en pharmacie. Cependant, avec le temps et l’expérience, elle arrive de mieux en mieux à discerner les gens de valeur dans son entourage.
Marie Eve a dû trouver ses propres outils pour arriver en tant que maman célibataire, qui travaille en agence, qui enseigne l’Essentrics aux Studios des Grand Ballets une fois par semaine : beaucoup de planification, des réveils très matinaux (quoi que plus de sommeil qu’elle n’en a eu par le passé), et donner libre cours à son penchant artistique.
Parce qu’il n’y a pas de meilleure façon de trouver le bonheur avec sa fille, qu’en créant de la magie à deux.
Son conseil : L’alignement. Aligner ses paroles à ses actions. Reconnaître ce qui est important pour nous, se donner une voix, et vivre selon ses valeurs. S’autoriser à faire des choix qui nous ressemblent et à prendre les décisions qui sont les nôtres.
Écouter l’épisode complet ici.
Ressources partagées dans l’épisode
Son roman : Poutine pour emporter
Build the Life You Want , Arthur C. Brooks.
Ambivalent relationships Concept traité par Vanessa Van Edwards, qui démontre scientifiquement que les relations ambivalentes nuisent davantage à notre santé que les relations toxiques (qui elles ont le mérite d’être claires!). Elle est l’auteure de Captivate et Cues et la fondatrice de Science of People.